dimanche 1 avril 2018

Samedi 31 Mars – Albuquerque / Bernalillo / Rio Rancho / Jemez Pueblo / Bandelier National Monument / Santa Fe (307 km)

Nous avons abandonné notre fidèle camping-car pour un peu plus de quarante-huit heures pour rayonner dans la région de Santa Fe, la capitale du Nouveau-Mexique (plus grande maniabilité de la voiture, moins de stress au volant, économie d’énergie). En partant, nous avons traversé Corrales, une petite cité plutôt « chicos » de la banlieue nord d’Albuquerque, connue pour ses maisons construites dans un style néo-adobien (pueblo revival) très harmonieux.



Le reste de la journée, nous avons eu tout loisir aujourd’hui d’approfondir notre connaissance des peuples ancestraux (on ne parle plus, s’agissant d’eux, des peuples Anasazi car l’expression s’est avérée réductrice). Notre première étape nous a conduits à Bernalillo, à une quarantaine de kilomètres au nord d’Albuquerque, sur le Coronado Historic Site, sensé être l’endroit où le Capitaine Général Francisco Vasquez de Coronado avait installé son campement à l’époque (1539-1542) où, à la tête d’une armée de 300 soldats espagnols, d’un millier d’Indiens alliés venant d’Amérique centrale, d’esclaves et d’un millier de chevaux, et étant parti de Compostela au Mexique, il était à la recherche des sept légendaires Cités d’Or de Cibola. Il fit chou blanc, mais ouvrit la voie à d’autres expéditions et à une éventuelle colonisation de la région par l’Espagne. Les archéologues ont reconnu depuis lors s’être trompés de site et qu’il occupa un village situé plus au Nord.

Vue aérienne de Kuaua Pueblo fin des années 1930 (avant qu'une partie des ruines ne soient de nouveau ensevelies pour les protéger)e

Plan du village qui montre un habitat articulé autour de trois places avec chacune leur kiva.

On peut voir un partie des ruines exhumées au début du XXème siècle - et recouvertes pour l’essentiel depuis dans un souci de protection - d’une communauté agricole, Kuaua Pueblo, qui s’est développée à cet endroit au bord du Rio Grande dans les années 1300 après s’être déplacée à la recherche d’une ressource en eau permanente, la région ayant connu à partir des années 1200 de longues périodes de sécheresse. La communauté prospéra jusque dans les années 1500 avant de péricliter en raison notamment de maladies et de partir à la recherche d’une nouvelle Terre promise.

Partie visible de la kiva (dont l'essentiel de la structure est enterré).


Le Rio Grande vu du Kuaua Pueblo

Panneau pour le moins insolite qui invite les visiteurs du site à "respecter le droit à l'intimité" du serpent à sonnette, en restant sur le sentier !
Elle maîtrisait les constructions en adobe, faites de petites pièces en enfilade convergeant vers une plaza. Les femmes malaxaient la terre et la paille. Les hommes apportaient les poutres en bois et assemblaient le tout. La survie de ses membres dépendait de l’abondance des ressources naturelles et des efforts coordonnés de tous ses membres. Les animaux fournissaient nourriture, vêtement, couvertures et objets de cérémonie. Les hommes et les garçons étaient chasseurs et travaillaient la terre. Les femmes et les filles récoltaient les plantes pour la nourriture et la médecine, cherchaient l’eau, préparaient les repas et élevaient les dindes gardées sur la place du village. Le peuple indien pueblo est décrit par un observateur espagnol de l’époque, comme calme, pacifique, en bonne forme physique, alerte et intelligent, expert dans l’art de la peinture et de la poterie et bon pêcheur.

L’étape suivante nous a menés d’abord par la route 550 plein nord jusqu’à San Ysidro, puis la route 4 à Jemez Pueblo. La commune actuelle est au cœur d’une région montagneuse. Il faut parcourir encore quelques kilomètres pour atteindre les ruines du Pueblo de Giusewa (nettement plus étendues que celles de Kuaua Pueblo, dont une grande partie, au demeurant, a de nouveau été ensevelies pour les protéger des intempéries). Nous avons pu descendre dans une ancienne kiva et prendre ainsi la mesure de ses dimensions, véritable salle souterraine vouée au culte des anciens et aux réunions des sages lors des grandes décisions intéressant la communauté. Les ruines de la mission (église et dépendances) sont imposantes. La vie des peuples ancestraux fut bouleversée par l’arrivée des Espagnols qui introduisirent le blé, les fruits et notamment le raisin, les poivrons, les chevaux, mules, moutons, chèvres et poulets. Malgré cet apport incontestable à la vie agricole, les habitants se révoltèrent contre les travaux auxquels ils étaient contraints, et contre le monopole que s’étaient attribués les religieux dans la distribution des grains. Ils incendièrent l’église, assassinèrent le prêtre et bâtirent une kiva à quelques mètres de l’église dans une de ses dépendances…














La route 4 réserve bien des surprises justifiant des haltes photos, à défaut de pouvoir faire des arrêts plus longs. Soda Dam est un barrage minéral naturel, formé par des dépôts des sources chaudes. On sent d’ailleurs bien le soufre quand on s’en approche.













Battleship Rock est un rocher qui rappelle la proue d’un navire de guerre.



La Valles Caldera est une des plus vastes des États-Unis avec un diamètre de 22 km. Elle est ce qui reste d’un des trois “super-volcans” des États-Unis. Des sources thermales, des ruisseaux, des fumerolles, des suintements de gaz naturel et des dômes volcaniques parsèment son paysage. Son point culminant est le pic Redondo, un dôme de lave résurgent de 3 430 m. La fond de la caldeira est un ensemble de vallées d’herbes jaunes en cette saison après la fonte des neiges, bien vertes l’été. La plus grande est la… Valle Grande. Toute cette zone, en raison de la richesse des pâturages et du gibier abondant, a été une terre traditionnelle d’affrontements entre tribus et plus tard la toile de fond des guerres indiennes contre l’armée américaine.



Les traces de l’immense incendie qui ravagea en juillet 2011, 120 km2 de la réserve nationale de Valles Caldera, sont encore bien visibles. Le feu brûla un total de 640 km2 dans les montagnes de Jemez, y compris la plupart du Bandelier National Monument, notre dernier objectif de la journée, après être passé au large de Los Alamos, la ville fondée en 1942 sur le site d’un ranch pour y développer dans le plus grand secret l’arme atomique, et qui abrite toujours le Los Alamos National Laboratory spécialisé dans la recherche scientifique pour la défense, le développement économique et l’arme atomique. Pas mal d’installations sensibles à l’accès très filtré, sont dispersées aux alentours.

Nous avons atteint Bandelier National Monument (9934) peu après 16h00 et en sommes repartis deux heures et demie plus tard, enchantés par notre visite. Ce site de 130 km² protégé depuis une décision du Président Wilson en 1916 est à 15 km au sud de Los Alamos. Il porte le nom de l’ethnologue suisse naturalisé américain, Adolph Francis Alphonse Bandelier (1840-1914) qui a beaucoup étudié les sites abandonnés par les pueblos  ancestraux. Le site abrite les ruines d’une très ancienne implantation occupée jusqu’au 15ème siècle. La paroi rocheuse est un vrai gruyère. Une partie des habitants occupaient un habitat troglodytique, les autres le cœur d’un curieux village formant un cercle. L’ensemble s’est développé au fond d’un canyon, baptisé Frijoles Canyon. Cette civilisation maîtrisait parfaitement la construction de maisons en pierre de plusieurs étages, la poterie, la vannerie et l'irrigation. Nous avons emprunté le Main Loop Trail, un sentier aménagé le long du petit cours d’eau qui coule au fond du canyon. En le voyant en ce moment, on a peine à imaginer qu’il est à l’origine de cette gorge profonde et qu’il charrie, quand il est en crue, des embâcles aussi volumineux que ceux qu’on peut observer.







La maquette du village






Les ruines aujourd'hui



Au bout de 400 mètres, on dépasse une grande kiva à ciel ouvert et on atteint les ruines de l’ancien village circulaire Tyuonyi. Le sentier grimpe alors jusqu’à une succession de grottes accessibles par des échelles.

















En poussant jusqu’à l’extrémité du trail, on arrive à une grotte étonnante, Alcove House. Situé à 43 mètres de hauteur, elle n’est accessible que par une succession d’échelles déconseillées à ceux qui ont des problèmes de santé ou le vertige. Elle est vaste, contient même une kiva et offre une vue imprenable sur le fond du canyon.







La cerise sur le gâteau de cette journée fertile en découvertes a été le point de vue qu’offre l’observatoire situé à l’extrême Est de la commune de White Rock dans le comté de Los Alamos, une cité-dortoir pour les personnels du Los Alamos National Laboratory. La vue est impressionnante sur l’ensemble du canyon du Rio Grande.





En nous dirigeant vers l’Est jusqu’à Pojoaque par la route 502, puis vers le Sud par la highway 285, nous avons atteint Santa Fé, vers 19h30. La capitale du Nouveau-Mexique est à 96 km au nord-est d’Albuquerque par l’itinéraire le plus direct. Nous nous sommes installés dans un apart’hôtel très calme de la périphérie, Santa Fe Suites, avant de ressortir dîner dans un restaurant de nouvelle cuisine mexicaine (on ne s’en lasse pas!), Maria’s, 555 Cordova road. Toujours très bonne et toujours aussi relevée !

2 commentaires:

  1. Magnifique !!! Vous devez en prendre plein les yeux, merci de nous faire partager tout ça !!!
    Gros bisous et bonne continuation. Dominique et Olivier.

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  2. De nouvelles découvertes chaque jour.C est passionnant de vous suivre même au sommet des échelles. Bises.Elisabeth

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