lundi 2 avril 2018

Dimanche 1er Avril – Santa Fé (32 km)

C’est finalement une chance qu’en ce dimanche de Pâques, les musées de la ville aient été fermés car nous avons ainsi passé plus de temps à sillonner les rues. Malgré le temps couvert qui a prévalu toute la journée, nous sommes sous le charme ! Le vaste « district historique » de la capitale est dépourvu de tout immeuble et de panneaux publicitaires. Il a conservé une remarquable unité architecturale autour du style pueblo revival, qui s’inspire des pueblos et des missions espagnoles construits en adobe. Le style a été très en vogue dans les années 1920/1930 et reste couramment utilisé à Santa Fe pour les nouveaux bâtiments dans le centre ville, comme le prescrivent les règles d’urbanisme locales. L'architecture de style pueblo revival imite l'apparence de la construction traditionnelle en adobe, bien que d'autres matériaux tels que la brique et le béton soient souvent substitués. Mais les apparences sont sauves. « Les coins sont arrondis. Des parapets irréguliers et des murs épais sont utilisés pour simuler l’adobe. Les murs sont généralement stuqués et peints dans des tons de terre. Les bâtiments à plusieurs étages emploient généralement des masses en gradins similaires à celles de Taos Pueblo. Les toits sont toujours plats. Les caractéristiques communes du style pueblo revival comprennent la projection de poutres de toit en bois ou de vigas, parfois sans but structurel, de « corbeaux », de supports de poutres et de latillas courbés, souvent stylisés, qui sont des branches décortiquées ou des lamelles de bois ».

Nous nous sommes garés non loin de la Plaza pour une balade qui a duré en fait… plus de six heures, avec quelques pauses fort heureusement. La Plaza, au centre de laquelle ont été érigés un monument commémoratif des guerres amérindiennes et un kiosque à musique, est bordée de bâtiments datant de l’époque coloniale, notamment l’ancien palais des gouverneurs, dont le passage couvert est devenu le rendez-vous de vendeurs d’objets artisanaux. Elle est éclairée par des lampadaires à l’ancienne d’où pendent des grappes de piments rouges, un élément décoratif que l’on retrouve fréquemment en ville.













Tous les grands hôtels sont construits dans le style pueblo revival. Plusieurs ont retenu notre attention, le Santa Fe dont l’extérieur est rehaussé par deux sculptures intitulées Dance of the Mountain Spirits 1 et 2 (1989) d’Allan Houser-Haozous, un artiste amérindien connu outre-Atlantique (1914-1994) ; La Fonda on the Plaza, œuvre d’Isaac Hamilton Rapp, « le créateur du style de Santa Fe », ouverte en décembre 1922 ; le Inn et Spa at Loretto ; le Inn on the Alameda. Les musées et la plupart des habitations et même le grand parking public près de la cathédrale respectent ce style.







L'hôtel La Fonda à l'arrière-plan



























Les seules exceptions notables concernent les anciens bâtiments de style colonial, les bâtiments officiels comme le Capitole, et les édifices religieux. A cet égard, la cathédrale dédiée à Saint-François d’Assise contraste avec son environnement. L’actuel édifice date de 1886 et s’est substitué à une première église datant de 1610. La nef a la particularité d’être coupée en son milieu par un grand baptistère. Le chœur est orné d’un imposant retable et les voûtes sont décorées de fresques.











Nous avons pris un brin de la messe pascale célébrée par l’archevêque John Charles Wester, qui n’est pas dépourvu d’humour comme l’ont montré les rires des fidèles à la suite des quelques paroles qu’il a prononcées à la fin de l’office, avant de procéder à la bénédiction traditionnelle des paniers de Pâques des enfants et de faire applaudir à juste titre l’excellent chœur de la cathédrale après que celui-ci eût interprété magistralement l’Alléluia de Haendel.

Non loin de là, se dresse la chapelle de Loretto construite en 1872 dans un style néo-gothique par l’architecte français Antoine Mouly. Ses contreforts, ses flèches et ses vitraux furent importés de France. Un arbre couvert actuellement de fleurs mauves, est l’objet, pour une raison qui nous échappe, d’une dévotion particulière. Les gens viennent prendre des chapelets à ses branches basses comme des décorations de Noël à un sapin ! La principale curiosité intérieure est un escalier en colimaçon, remarquable travail de charpenterie, effectuant deux révolutions complètes pour atteindre le triforium. Réalisé sans clou, il est assemblé par des chevilles de bois. Il n'y avait, à l'origine, aucune attache au mur. A la demande des religieuses, qui ne voulaient sans doute pas tenter le diable, la spirale extérieure fut attachée en 1887 à un pilier et une rampe fut ajoutée. Il est inaccessible au public en temps normal, mais prisé des jeunes mariés qui s’y font prendre en photo !







Deux autres édifices religieux construits en adobe méritent d’être mentionnés, l’église San Miguel, qui fit les frais de la révolte des peuples amérindiens en 1680 et fut reconstruite de 1694 à 1710, et le santuario de Guadalupe, le plus ancien sanctuaire d’Amérique du Nord consacré à Notre-Dame de Guadalupe, nom donné à la Vierge Marie lors de son apparition à un indigène du Mexique en 1531.

L'église San Miguel

L'église Santa Maria de Guadalupe (extérieur et intérieur ci-dessous)





Après un déjeuner rapide dans un petit restaurant italien, histoire de changer un peu de cuisine, nous avons passé l’essentiel de l’après-midi dans… une seule rue, Canyon Road. Cette rue est devenue progressivement le lieu de regroupement des artistes locaux. Les galeries se succèdent de manière ininterrompue sur plus d’un kilomètre. Beaucoup étaient fermées, mais nombre d’œuvres sont exposées à l’extérieur et les galeries ouvertes nous ont fait découvrir des artistes de talent, faisant preuve de hardiesse et de créativité. Le résultat est souvent étonnant, comme les éoliennes de Lyman Whiteker, exposées devant la galerie Wiford, les structures verticales très colorées de Russ Vogt tout autour de la galerie La Mesa de Santa Fé, les carreaux de verre animés de Greg Reiche à la galerie Pippin Contemporary qui expose aussi des reliefs muraux de Guilloume, les fragments de visages de Susan Stamm Evans à la galerie Selbyfleetwood, les sculptures de têtes de James Tyler de la galerie Nüart et bien d’autres œuvres anonymes. Nous avons discuté avec plusieurs galeristes très aimables, prêts à nous laisser prendre des photos d’œuvres exposées, tout en sachant que nous n’avions pas vocation à être des acheteurs, et avec un antiquaire marocain qui propose des objets superbes du monde entier et notamment des guerriers nigérians qui avaient attiré notre attention. Ailleurs en ville, nous avons remarqué aussi les tableaux de motifs brodés de Chris Roberts-Antieau à la galerie Antieau.

Les wraps au saumon pour nous mettre en forme pour l'après-midi











































La Tea House ayant été judicieusement ouverte à l’autre extrémité de Canyon Road, nous y avons fait une pause agréable. Servis par un jeune serveur souriant et polyglotte (anglais, indonésien, turc, arabe, mais pas français!), nous avons à notre tour fait preuve de hardiesse en prenant, en ce qui me concerne, un « Darjeeling Express » (thé darjeeling, cannelle, gingembre, curcuma, un doigt d’expresso et du miel) et en ce qui concerne Olivier un « Spicy Santa Fe Mocha » (double expresso, chocolat noir, cannelle, vanille, lait et du piment Chimayo rouge en poudre!).

Après une pause blog à l’hôtel, nous sommes ressortis dîner dans un restaurant du « district historique », le Blue Corn Cafe, qui avait d’abord le mérite d’être ouvert un dimanche soir de Pâques et de servir une cuisine mexicaine très correcte pour un prix raisonnable sur fond de télévision diffusant des matchs de cricket heureusement sans son ! Son nom fait référence à un aliment de base de la cuisine des peuples ancestraux, le maïs bleu. Un petit tour en voiture autour de la Plaza nous a fait voir le quartier sous un autre aspect : des rues désertées, des bâtiments peu mis en valeur par des éclairages appropriés. Nous sommes rentés suffisamment tôt pour mettre à jour le blog du jour, travail digne de Sisyphe, puisqu’il faut par définition repartir à zéro chaque soir !

2 commentaires:

  1. Encore une fois photos magnifiques et commentaires instructifs et indispensables !!!!
    C’est «  sakura » à Santa Fé?
    Les wraps sont-ils colorés en rouge par le piment ? ;)
    Très très belle exposition d’art contemporain
    Merci pour tout ça
    Bises
    Annouk

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  2. On ne peut que tomber sous le charme de tels lieux...que de belles photos.J espère tester un jour vos boissons de l après midi.Bises .Elisabeth

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