C’est
finalement une chance qu’en ce dimanche de Pâques, les musées de
la ville aient été fermés car nous avons ainsi passé plus de
temps à sillonner les rues. Malgré le temps couvert qui a prévalu
toute la journée, nous sommes sous le charme ! Le vaste
« district historique » de la capitale est
dépourvu de tout immeuble et de panneaux publicitaires. Il a
conservé une remarquable unité architecturale autour du style
pueblo revival, qui s’inspire des
pueblos et des missions espagnoles construits en adobe.
Le style a été très en vogue dans les années 1920/1930 et reste
couramment utilisé à Santa Fe pour les nouveaux bâtiments
dans le centre ville, comme le prescrivent les règles d’urbanisme
locales. L'architecture de style pueblo revival
imite l'apparence de la construction traditionnelle en adobe,
bien que d'autres matériaux tels que la brique et le béton soient
souvent substitués. Mais les apparences sont sauves. « Les
coins sont arrondis. Des parapets
irréguliers et des murs épais sont utilisés pour simuler
l’adobe. Les murs sont généralement stuqués
et peints dans des tons de terre. Les bâtiments à plusieurs
étages emploient généralement des masses en gradins similaires à
celles de Taos Pueblo. Les toits sont toujours plats.
Les caractéristiques communes du style pueblo revival
comprennent la projection de poutres de toit en bois ou de
vigas, parfois sans but structurel, de « corbeaux »,
de supports de poutres et de latillas courbés, souvent
stylisés, qui sont des branches décortiquées ou des lamelles de
bois ».
Nous
nous sommes garés non loin de la
Plaza
pour une balade qui a duré en fait… plus de six heures, avec
quelques pauses fort heureusement. La
Plaza,
au centre de laquelle ont été érigés un monument commémoratif
des guerres amérindiennes et un kiosque à musique,
est bordée de bâtiments datant de l’époque coloniale, notamment
l’ancien palais des
gouverneurs, dont
le passage couvert est devenu le rendez-vous de vendeurs d’objets
artisanaux. Elle est
éclairée par des lampadaires
à l’ancienne d’où pendent des grappes de piments rouges, un
élément décoratif que l’on retrouve fréquemment en ville.
Tous
les grands hôtels sont construits dans le
style pueblo revival.
Plusieurs ont retenu notre
attention, le
Santa Fe dont l’extérieur est rehaussé par deux
sculptures intitulées Dance of the Mountain Spirits 1 et 2
(1989) d’Allan Houser-Haozous, un artiste amérindien connu
outre-Atlantique (1914-1994) ; La Fonda on the Plaza,
œuvre d’Isaac Hamilton Rapp, « le créateur du style de
Santa Fe », ouverte en décembre 1922 ; le Inn et
Spa at Loretto ; le
Inn on the Alameda. Les musées et la
plupart des habitations et même le grand parking public près de la
cathédrale respectent ce style.
| L'hôtel La Fonda à l'arrière-plan |
Les seules exceptions notables concernent les anciens bâtiments de style colonial, les bâtiments officiels comme le Capitole, et les édifices religieux. A cet égard, la cathédrale dédiée à Saint-François d’Assise contraste avec son environnement. L’actuel édifice date de 1886 et s’est substitué à une première église datant de 1610. La nef a la particularité d’être coupée en son milieu par un grand baptistère. Le chœur est orné d’un imposant retable et les voûtes sont décorées de fresques.
Nous avons pris un brin de la messe pascale célébrée par l’archevêque John Charles Wester, qui n’est pas dépourvu d’humour comme l’ont montré les rires des fidèles à la suite des quelques paroles qu’il a prononcées à la fin de l’office, avant de procéder à la bénédiction traditionnelle des paniers de Pâques des enfants et de faire applaudir à juste titre l’excellent chœur de la cathédrale après que celui-ci eût interprété magistralement l’Alléluia de Haendel.
Non
loin de là, se dresse la chapelle de Loretto
construite en 1872 dans un style néo-gothique par l’architecte
français Antoine Mouly. Ses contreforts, ses flèches et ses vitraux
furent importés de France. Un arbre couvert actuellement de fleurs
mauves, est l’objet, pour une raison qui nous échappe, d’une
dévotion particulière. Les gens viennent prendre des chapelets à
ses branches basses comme des décorations de Noël à un sapin ! La
principale curiosité intérieure est un escalier en colimaçon,
remarquable
travail de charpenterie, effectuant deux révolutions
complètes pour atteindre le triforium. Réalisé sans clou,
il est assemblé par des chevilles de bois. Il n'y avait, à
l'origine, aucune attache au mur. A la demande des religieuses, qui
ne voulaient sans doute pas tenter le diable, la spirale extérieure
fut attachée en 1887 à un pilier et une rampe fut ajoutée. Il est
inaccessible
au public en
temps normal,
mais prisé des jeunes mariés qui s’y font prendre en photo !
Deux
autres édifices religieux construits
en adobe
méritent d’être mentionnés, l’église
San Miguel,
qui fit les frais de la révolte des peuples amérindiens en 1680 et
fut reconstruite de 1694 à 1710, et le santuario
de
Guadalupe,
le plus ancien sanctuaire d’Amérique du Nord consacré à
Notre-Dame de Guadalupe, nom donné à la Vierge Marie
lors de son apparition à un indigène du Mexique en 1531.
| L'église San Miguel |
| L'église Santa Maria de Guadalupe (extérieur et intérieur ci-dessous) |
Après un déjeuner rapide dans un petit restaurant italien, histoire de changer un peu de cuisine, nous avons passé l’essentiel de l’après-midi dans… une seule rue, Canyon Road. Cette rue est devenue progressivement le lieu de regroupement des artistes locaux. Les galeries se succèdent de manière ininterrompue sur plus d’un kilomètre. Beaucoup étaient fermées, mais nombre d’œuvres sont exposées à l’extérieur et les galeries ouvertes nous ont fait découvrir des artistes de talent, faisant preuve de hardiesse et de créativité. Le résultat est souvent étonnant, comme les éoliennes de Lyman Whiteker, exposées devant la galerie Wiford, les structures verticales très colorées de Russ Vogt tout autour de la galerie La Mesa de Santa Fé, les carreaux de verre animés de Greg Reiche à la galerie Pippin Contemporary qui expose aussi des reliefs muraux de Guilloume, les fragments de visages de Susan Stamm Evans à la galerie Selbyfleetwood, les sculptures de têtes de James Tyler de la galerie Nüart et bien d’autres œuvres anonymes. Nous avons discuté avec plusieurs galeristes très aimables, prêts à nous laisser prendre des photos d’œuvres exposées, tout en sachant que nous n’avions pas vocation à être des acheteurs, et avec un antiquaire marocain qui propose des objets superbes du monde entier et notamment des guerriers nigérians qui avaient attiré notre attention. Ailleurs en ville, nous avons remarqué aussi les tableaux de motifs brodés de Chris Roberts-Antieau à la galerie Antieau.
| Les wraps au saumon pour nous mettre en forme pour l'après-midi |
La Tea House ayant été judicieusement ouverte à l’autre
extrémité de Canyon Road, nous y avons fait une pause
agréable. Servis par un jeune serveur souriant et polyglotte
(anglais, indonésien, turc, arabe, mais pas français!), nous avons
à notre tour fait preuve de hardiesse en prenant, en ce qui me
concerne, un « Darjeeling Express »
(thé darjeeling, cannelle, gingembre, curcuma, un doigt
d’expresso et du miel) et en ce qui concerne Olivier un
« Spicy Santa Fe Mocha »
(double expresso, chocolat noir, cannelle,
vanille, lait et du piment Chimayo rouge en poudre!).
Après
une pause blog à l’hôtel, nous sommes ressortis dîner dans un
restaurant du « district historique », le Blue
Corn Cafe, qui avait d’abord le mérite d’être ouvert un
dimanche soir de Pâques et de servir une cuisine mexicaine très
correcte pour un prix raisonnable sur fond de télévision diffusant
des matchs de cricket heureusement sans son ! Son nom fait
référence à un aliment de base de la cuisine des peuples
ancestraux, le maïs bleu. Un petit tour en voiture autour de
la Plaza nous a fait voir le quartier sous un autre aspect :
des rues désertées, des bâtiments peu mis en valeur par des
éclairages appropriés. Nous sommes rentés suffisamment tôt pour
mettre à jour le blog du jour, travail digne de Sisyphe,
puisqu’il faut par définition repartir à zéro chaque soir !
Encore une fois photos magnifiques et commentaires instructifs et indispensables !!!!
RépondreSupprimerC’est « sakura » à Santa Fé?
Les wraps sont-ils colorés en rouge par le piment ? ;)
Très très belle exposition d’art contemporain
Merci pour tout ça
Bises
Annouk
On ne peut que tomber sous le charme de tels lieux...que de belles photos.J espère tester un jour vos boissons de l après midi.Bises .Elisabeth
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