Beaucoup
de kilomètres aujourd’hui au compteur de notre petite Toyota
Yaris, mais le jeu en valait la chandelle ! Nous avons
quitté le campement à 9h00 pour une journée passée à une
centaine de kilomètres à l’ouest d’Albuquerque.
Notre premier centre d’intérêt a été un des dix-neuf pueblos, celui d’Acoma, situé à 96 km de notre campement. En 1539, Francisco Vasquez de Coronado y arriva avec son armée et en fit la description suivante : « C'est l'une des places les mieux défendues que nous ayons jamais vues. La ville se trouve sur une très haute éminence, à laquelle on accède par une pente très raide qui nous a fait regretter de l'avoir empruntée ». En 1599 les villageois furent quasiment tous exterminés sur l'ordre du gouverneur Juan de Oñate, en représailles à la mort de son frère et de ses soldats entrés en conflit avec les Acomas au sujet de silos à grains. En signe de paix les moines franciscains y établirent la mission San Esteban, en 1629.
Le
pueblo
est habité
depuis le XIIème
siècle
par les Amérindiens.
Ses habitants (3
000 de
nos jours)
disent
qu’il
s’agit de la
plus ancienne cité
des États-Unis
habitée en continu, comme l'atteste des éclats de poterie trouvés
sur le site, ainsi que la tradition orale. Le
nom signifie « peuple du rocher blanc ».
On y parle le Keresan de l'ouest. Il est aussi appelé Sky
City (« la ville du ciel »), en raison de sa
situation, sur un plateau (mesa) de 30 hectares, entouré de
falaises hautes de plus de 110 mètres. En fait, les Indiens
Pueblos ne sont pas masochistes. Seule une poignée vit toute
l’année dans ce nid d’aigle, sans eau, ni électricité (mais
doté de bonbonnes de gaz). Les autres vivent dans la petite cité
qui s’est développée sur leur territoire à la sortie de
l’autoroute, avec toutes les « facilities » de
la vie moderne et ils ne viennent à Sky City à 17 miles de
là (plus de 27 km), qu’à bord de puissants pick-up, le
temps de vendre aux touristes quelques objets de l’artisanat local.
Le
hasard du calendrier a voulu que nous nous rendions à Acoma
un Vendredi
saint,
jour où les habitants de tous âges (jeunes et vieux), seuls ou par
petits groupes, viennent à pied, à
leur rythme, en
pèlerinage
du bourg nouveau au village. La
forme physique n’est pas un critère de sélection. Nous avons vu
des personnes plutôt rondouillardes
reprendre
souffle, mais poursuivre courageusement,
et
des femmes pousser tranquillement
un
landau avec un jeune enfant, voire des jumeaux. La route traverse une
contrée semi-désertique magnifique,
mais sans
ombre.
Une
logistique est mise
en place
tout au long du parcours (toilettes
mobiles, tables proposant gratuitement fruits
et
boissons), y
compris à
l’arrivée dans l’église.
Le nouveau-venu est dès l’arrivée sous le charme d’un cadre rocheux exceptionnel. La visite du village est très encadrée. Il y en a en gros une toutes les heures. Le nombre de touristes est contingenté (une vingtaine à chaque fois). Ils sont véhiculés du pied de la falaise à son sommet dans un minibus Ford dernier cri. Les directives les plus strictes concernent les photos : interdiction absolue d’en prendre dans l’église et dans le cimetière sur lequel le parvis ouvre, interdiction d’utiliser des équipements photos et vidéos sophistiqués, sous peine d’être soumis à la juridiction tribale qui n’est pas tendre ; pas de problème pour prendre des vues des autres constructions. Quant aux autochtones, il faut au préalable solliciter et obtenir leur accord…
| Four à pain |
| Une des raisons pouvant expliquer le choix de ce site pour créer un village est l'existence de cuvettes naturelles dans la roche qui retiennent l'eau de pluie. |
Nous
avons bien sûr regretté de ne pas pouvoir rapporter quelques
souvenirs photographiques de l’intérieur de l’église, l'une
des plus vieilles d'Amérique. Il
est
au demeurant très sobre, avec toutefois
un
beau retable sur le maître autel, un confessionnal en pierre très
original et
des peintures murales animalières très simples. Nous nous sommes
consolés avec l’extérieur. Construite
en adobe,
la
mission
est classée monument historique depuis 1970. Seuls
deux offices y sont célébrés chaque année lors d’une fête
spéciale et à Noël.
Nous
avons pu vagabonder dans les ruelles du village. L’architecture est
assez déconcertante mais il s’en dégage
tout de même un certain charme entretenu par les nombreux fours à
pain et les échelles utilisées
seulement pour accéder dans des parties sacrées (les kivas) et
dans de
rares occasions. Les
ruelles sont très propres et aucune publicité ne vient les
souiller. Nous
avons pu redescendre à pied jusqu’au parking par un escalier
incroyable, taillé dans les rochers. Dans l’ensemble, les
habitants croisés
se sont montrés souriants,
nous remerciant d’être venus.
Nous
avons rejoint Grants,
siège du comté de Cibola,
situé sur l'historique Route
66 et
l’Interstate
40.
Elle
ne présente guère d’intérêt
si ce n’est un excellent restaurant de nouvelle cuisine mexicaine,
El
Cafecito,
où
nous avons dégusté un plat très
bien cuisiné à
base de poivrons farcis au fromage accompagnés des traditionnels pains frits (sopapillos). Nous n’avons pas eu besoin de rajouter de Tabasco
pour le relever !
Deux autres centres d’intérêt figuraient au programme de l’après-midi. La végétation s’étoffe un peu avec l’apparition de forêts de pins ponderosas aux abords de El Morro National Monument, une aire protégée de 5,17 km² depuis 1906, qui se compose essentiellement d’un promontoire impressionnant en grès doté d’une piscine naturelle d’eau claire bordée de roseaux. Le site est situé sur une très ancienne piste traversant le pays. Il a d’abord accueilli une population d’Indiens qui, profitant de l’eau présente à cet endroit, cultivaient les terres alentours et habitaient un village juché au sommet du promontoire, mais a aussi vu se succéder tout au long des siècles, des voyageurs attirés par cette oasis ombragée dans le désert de l'ouest des États-Unis. Nombre d’entre eux de la fin du XVIème siècle au XVIIIème siècle ont marqué leur passage en laissant des inscriptions sur la paroi rocheuse portant leurs noms, des dates et le contexte de leur passage. Un sentier bien aménagé de 2 miles (3,6 km) permet d’abord de voir une bonne partie d’entre elles. Il grimpe ensuite en lacets raides jusqu’au sommet d’où on découvre un panorama grandiose et les restes du pueblo de 875 pièces où auraient vécu entre (approximativement) 1275 et 1350), jusqu'à 1500 personnes. El Morro (The Headland) est le nom donné par les explorateurs espagnols. Les Indiens Zuni l’appellent "A'ts'ina" (Place des écrits sur le rocher).
Sur le chemin du retour vers Grants, nous nous sommes arrêtés plus brièvement (17h00 approchaient) au El Malpais National Monument, un autre site protégé (depuis 1987) beaucoup plus grand puisqu’il couvre 462,46 km². Nous n’en avons vu qu’une petite partie. Le cadre est sauvage. Nous nous sommes contentés d’emprunter une piste en terre pour atteindre une très ancienne coulée de lave provenant des éruptions de Zuni-Bandera (aussi appelées les coulées de lave de Grants) qui se sont répandues dans un grand bassin. Nous avons tenté le diable en suivant une des pistes heureusement bien balisées par des cairns, car on se perdrait facilement et chaque pas est une occasion d’entorse ! Nous n’avons pas regretté cette équipée en milieu hostile car nous avons pu admirer d’étonnants tunnels de lave et de grottes ouvertes qui auraient mérité d’être explorées si nous avions eu un minimum d’équipement (lampes de poche) et un peu de temps. Il existe actuellement quatre grottes accessibles, les grottes Junction et Xenolith dans la région d'El Caldron, et les grottes Big Skylight et Giant Ice dans la région de Big Tubes où nous nous trouvions.
| Le yucca était une plante pleine de ressources pour les peuples ancestraux. Il leur fournissait nourriture, savon, sandales, paniers, pinceaux et ficelle. |
Au terme d’une nouvelle journée bien remplie, nous n’étions pas mécontents non plus de retrouver le camping-car vers 20h15 !
Quelle beau programme, tout cela en une journée, chapeau !
RépondreSupprimerNos mollets sont déjà fatigués de la marche de Pâques (12 km) ... inclinons-nous devant vos exploits américains quotidiens !
Amitiés, Laurent and co.
Magnifique !
RépondreSupprimerEt l’allusion au Tabasco m’a bien fait rire.
Annouk
Votre périple est passionnant,les paysages grandioses...ça fait rêver. Bises Elisabeth
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