vendredi 30 mars 2018

Jeudi 29 Mars – Albuquerque (105 km)

J’ai profité du calme du matin pour faire un petit tour dans le camp et voir de près les caravanes « vintage » proposées à la location. Moment de nostalgie ! 









La journée a encore été riche en découvertes très variées. Pour commencer, nous nous sommes dirigés vers le Petroglyph National Monument qui s'étend sur 27 km le long de la New Mexico's West Mesa, un escarpement volcanique constitué de basalte qui domine l'horizon ouest de la ville. C’est en fait une sorte de parc naturel de 29 km², créé en 1990 et géré par le Service des Parcs nationaux et par la cité d'Albuquerque. Il protège divers éléments culturels et naturels, notamment cinq cônes volcaniques qui nous avons vus en fin de journée, et tout un ensemble de sites archéologiques où on dénombre environ 24 000 pétroglyphes attribués aux Indiens, ancêtres des Indiens Pueblos, et aux premiers colons espagnols.









Nous avions inscrit au programme de la matinée une visite d’un des sites de gravures rupestres. Le Rinconda Canyon Trail est un sentier sablonneux qui s’étire sur 2 miles (3,2 km) en sinuant dans une zone désertique, au pied d’un chaos de roches basaltiques. Nous avons bravé la mise en garde qui signale la présence de serpents à sonnette car il était précisé qu’ils n’attaquent (en principe) que pour se défendre. Bien nous en a pris car non seulement nous n’en avons pas vu, mais nous avons pu repérer nombre de gravures, généralement des personnages, des animaux ou des dessins géométriques. Les Espagnols ont introduit beaucoup de croix. « Le basalte, gris à l'origine, s'est recouvert avec le temps d'une fine couche noire ou brun sombre d'oxydes appelée desert varnish. Quand cette couche est enlevée, la roche sous-jacente plus claire apparaît, formant un contraste gris sur noir. C'est cette particularité que les graveurs des pétroglyphes ont utilisé. Les plus anciens ont un âge estimé à 2000 ans av. J.C., mais la plupart semblent avoir été gravés entre 1300 et 1690 ap. J.C. ».















Nous avons fait la pause déjeuner dans un restaurant qui ne paie vraiment pas de mine, la Taqueria Mexico, 415 Lomas Blvd NE. Pittoresque, il accueille une clientèle d’habitués, passe pour être sinon le meilleur, au moins un des meilleurs restaurants de cuisine mexicaine d’Albuquerque et offre une grande variété de plats faits maison.





Nous avons passé une bonne partie de l’après-midi au National Museum of Nuclear (Science & History) dont l’ouverture en 1969 dans une ville du Nouveau-Mexique s’explique largement par la part prise par cet État dans le projet nucléaire américain. J’appréhendais un peu cette visite, imaginant une série de panneaux avec des termes très techniques, qui plus est en anglais. Au contraire ! Ce fut même un moment très instructif, invitant à revisiter notre histoire, même si c’est d’un point de vue souvent très nord-américain.

Le musée rend bien sûr hommage à tous les grands noms de la recherche dans le domaine nucléaire et met plus particulièrement en avant John Dalton, Dimitri I. Mendeleev, Henri Becquerel, Marie Curie, Albert Einstein, Sir William Crookes, Wilhelm Conrad Roentgen, Sir Joseph John Thomson, Ernest Rutherford et Niels Bohr.

Il retrace la course à l’arme nucléaire pendant la Seconde Guerre mondiale et souligne l’avance qu’avaient les Allemands en 1941 sous l’impulsion de Werner Heisenberg. Cinq raisons sont avancées pour expliquer l’échec final : ce n’était pas une priorité pour Hitler et ses conseillers plus intéressés par des victoires rapides que par des projets à long terme ; il y eut des désaccords entre scientifiques et décideurs ; les ressources ont commencé à manquer en raison des bombardements alliés contre le potentiel économique du Reich ; les scientifiques ont privilégié une approche théorique et non une approche expérimentale et Werner Heisenbeg commit une erreur fatale concernant la fission nucléaire et les conditions d’une réaction en chaîne. On peut en ajouter une sixième sans doute, l’émigration d’une bonne centaine de scientifiques juifs, tel Albert Einstein, réalisant qu’ils devaient quitter l’Allemagne nazie pour survivre. On tremble à l’idée qu’Hitler a failli disposer de l’arme nucléaire !

Peut-être pour se dédouaner en partie des largages sur Hiroshima et Nagasaki, il est indiqué que les Japonais n’étaient pas en reste dans le domaine de la course à l’armement nucléaire, même s’ils avaient peu de chances d’aboutir. La figure centrale du programme était un certain Dr. Yoshio Nishina, un ami de Niels Bohr, qui avait pleinement conscience du potentiel militaire du nucléaire et était préoccupé que les Américains puissent travailler sur un projet qui serait utilisé contre le Japon.

La chronologie et les modalités du Manhattan Project, nom de code du projet de recherche qui produisit la première bombe atomique américaine durant la Seconde Guerre mondiale, avec la participation du Royaume-Uni et du Canada, sont présentées de façon détaillée. Il fut lancé en 1942 et le laboratoire installé à Los Alamos (à une quarantaine de kilomètres de Santa Fé dans la vallée du Rio Grande), dans le plus grand secret. La qualité du tandem improbable formé par le major-général Leslie Groves, patron du projet, et Robert Oppenheimer, le savant qui conduisit les recherches, est soulignée. Le tout premier essai nommé Trinity d'une bombe atomique au plutonium, surnommée « Gadget » en partie parce que ce n'était pas une arme opérationnelle, eut lieu dans le désert du Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945, sur la base aérienne d'Alamogordo et fut concluante. Une réplique grandeur nature de Little Boy, la bombe de plus de 4 tonnes, qui fut larguée le 6 août suivant sur Hiroshima, et une autre de Fat Man, la bombe un peu plus lourde (4,898 t), qui fut larguée le 9 août par un coup du sort sur Nagasaki (Kokura dotée d’un important arsenal était l’objectif, mais la couverture nuageuse lui a porté chance) sont présentées parmi d’autres répliques de missiles nucléaires.

Little Boy


Fat Man

La liste des « Broken Arrows », nom de code pour désigner les accidents survenus avec des armes nucléaires, est impressionnante : 32, pour l’essentiel (28) sur le territoire américain, mais tout de même deux en mer et deux dans des pays étrangers, l’Angleterre et l’Espagne. Cette évocation a réveillé en moi des souvenirs d’adolescent puisque j’avais 16 ans quand est survenu, le 17 janvier 1966, la collision entre un B 52 et un avion ravitailleur KC 135 au-dessus de Palomares. Compte tenu de toutes les mesures de sûreté qui sont prises, aucun des accidents n’a par chance provoqué d’explosion…

Deux des bombes de Palomarès


La présentation d’un missile Honest John m’a aussi rappelé les débats ardents qu’il y avait dans différents pays européens, lors du déploiement en Europe dans les années 1960 de nouvelles unités américaines équipées de ce missile nucléaire tactique dont la décision de mise en œuvre éventuelle échappait complètement aux dirigeants des pays concernés !

L'Honest John

A l’extérieur, différents matériels sont exposés. On peut voir notamment un B-29 semblable à celui qui largua la bombe sur Hiroshima. Il fit son premier vol en septembre 1942, fut construit en 3 970 exemplaires pendant la Seconde Guerre mondiale et reprit du service pendant la Guerre de Corée. A côté, le B-52 sorti en janvier 1955 des chaînes de Boeing, est surtout connu pour avoir été utilisé pour les bombardements du Nord-Vietnam, moins pour avoir acheminé sur les bases américaines des têtes de missiles nucléaires !

Un B 29


Un B 52

Nous avons terminé la journée, comme nous l’avions commencée, en nous rendant sur un autre site du Petroglyph National Monument proche de notre campement, celui dit des cinq volcans. L'escarpement de la West Mesa est en fait une ancienne coulée de lave issue d’une fissure de 8 km de long, visualisée aujourd’hui par l’alignement de cinq cônes volcaniques qui se sont formé lors de la phase finale de l’éruption. La dernière éruption remonte à 130 000 ans. La lave alors produite a donné du basalte en refroidissant. C’est sur les éboulis basaltiques du plateau que les Pueblos ont gravés leurs nombreux petroglyphes.









Albuquerque depuis le scenic overlook du plan ci-dessus


3 commentaires:

  1. Moi aussi je me souviens de Palomares ....
    Bises
    Annouk

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  2. Je recommence .!!!Journée très intéressante.Les explications du
    rédacteur en chef donnent envie d approfondir les sujets .Si vous voyez un serpent photographiez le en souvenir.Bises.Elisabeth

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