J’ai
profité du calme du matin pour faire un petit tour dans le camp et
voir de près les caravanes « vintage »
proposées à la location. Moment de nostalgie !
La journée a
encore été riche en découvertes très variées. Pour commencer, nous nous sommes dirigés vers le
Petroglyph
National Monument qui s'étend sur 27 km le long de la New Mexico's West
Mesa, un escarpement volcanique constitué de basalte qui domine
l'horizon ouest de la ville. C’est en fait une sorte de parc
naturel de 29 km², créé en 1990 et géré par le Service des
Parcs nationaux et par la cité d'Albuquerque. Il protège
divers éléments culturels et naturels, notamment cinq cônes
volcaniques qui nous avons vus en fin de journée, et tout un
ensemble de sites archéologiques où on dénombre environ 24 000
pétroglyphes attribués aux Indiens, ancêtres des Indiens
Pueblos, et aux premiers colons espagnols.
Nous avions inscrit au programme de la matinée une visite d’un des sites de gravures rupestres. Le Rinconda Canyon Trail est un sentier sablonneux qui s’étire sur 2 miles (3,2 km) en sinuant dans une zone désertique, au pied d’un chaos de roches basaltiques. Nous avons bravé la mise en garde qui signale la présence de serpents à sonnette car il était précisé qu’ils n’attaquent (en principe) que pour se défendre. Bien nous en a pris car non seulement nous n’en avons pas vu, mais nous avons pu repérer nombre de gravures, généralement des personnages, des animaux ou des dessins géométriques. Les Espagnols ont introduit beaucoup de croix. « Le basalte, gris à l'origine, s'est recouvert avec le temps d'une fine couche noire ou brun sombre d'oxydes appelée desert varnish. Quand cette couche est enlevée, la roche sous-jacente plus claire apparaît, formant un contraste gris sur noir. C'est cette particularité que les graveurs des pétroglyphes ont utilisé. Les plus anciens ont un âge estimé à 2000 ans av. J.C., mais la plupart semblent avoir été gravés entre 1300 et 1690 ap. J.C. ».
Nous avons fait la pause déjeuner dans un restaurant qui ne paie vraiment pas de mine, la Taqueria Mexico, 415 Lomas Blvd NE. Pittoresque, il accueille une clientèle d’habitués, passe pour être sinon le meilleur, au moins un des meilleurs restaurants de cuisine mexicaine d’Albuquerque et offre une grande variété de plats faits maison.
Nous
avons passé une bonne partie de l’après-midi au National
Museum of Nuclear (Science
& History) dont
l’ouverture en 1969 dans une ville du Nouveau-Mexique
s’explique largement par la part prise par cet État dans le projet
nucléaire américain.
J’appréhendais un peu
cette visite, imaginant une série de panneaux avec des termes très
techniques, qui plus est en
anglais. Au
contraire ! Ce fut même un moment très instructif, invitant à
revisiter notre histoire, même si c’est d’un point de vue
souvent très nord-américain.
Le
musée rend bien sûr hommage à tous les grands noms de la recherche
dans le domaine nucléaire et met plus particulièrement en avant
John Dalton, Dimitri I. Mendeleev, Henri Becquerel, Marie Curie,
Albert Einstein, Sir William Crookes, Wilhelm Conrad Roentgen, Sir
Joseph John Thomson, Ernest Rutherford et Niels Bohr.
Il
retrace la course à l’arme nucléaire pendant la Seconde Guerre
mondiale et souligne l’avance
qu’avaient les Allemands en 1941 sous l’impulsion de Werner
Heisenberg. Cinq raisons sont avancées pour expliquer l’échec
final : ce n’était pas une priorité pour Hitler et ses
conseillers plus intéressés par des victoires rapides que par des
projets à long terme ; il y eut des désaccords entre
scientifiques et décideurs ; les ressources ont commencé à
manquer en raison des bombardements alliés contre
le potentiel économique du Reich ;
les scientifiques ont
privilégié une approche théorique et non une approche
expérimentale et Werner Heisenbeg commit une erreur fatale
concernant la fission nucléaire et les conditions d’une réaction
en chaîne. On peut en ajouter une sixième sans doute, l’émigration
d’une bonne centaine de scientifiques juifs, tel Albert Einstein,
réalisant qu’ils devaient quitter l’Allemagne nazie pour
survivre. On tremble à l’idée qu’Hitler a failli disposer de
l’arme nucléaire !
Peut-être
pour se dédouaner en partie des largages sur Hiroshima
et Nagasaki, il est
indiqué que les Japonais n’étaient pas en reste dans le domaine
de la course à l’armement nucléaire, même s’ils avaient peu de
chances d’aboutir. La figure centrale du programme était un
certain Dr. Yoshio Nishina, un ami de Niels Bohr, qui avait
pleinement conscience du potentiel militaire du nucléaire et était
préoccupé que les Américains puissent travailler sur un projet qui
serait utilisé contre le Japon.
La
chronologie et les modalités du Manhattan
Project, nom
de code du projet de recherche qui produisit la première bombe
atomique américaine
durant la Seconde
Guerre mondiale, avec
la participation du Royaume-Uni et du Canada, sont présentées de
façon détaillée. Il
fut lancé en 1942 et le laboratoire installé à Los
Alamos
(à une quarantaine de kilomètres de Santa
Fé dans
la vallée du
Rio Grande),
dans le plus grand secret.
La
qualité du tandem improbable formé par le
major-général Leslie
Groves, patron
du projet,
et Robert Oppenheimer, le
savant qui conduisit les recherches,
est soulignée. Le
tout premier
essai nommé Trinity
d'une bombe
atomique au plutonium,
surnommée « Gadget »
en partie parce que ce n'était pas une arme opérationnelle, eut
lieu dans le désert du Nouveau-Mexique,
le 16 juillet 1945, sur la
base aérienne
d'Alamogordo et fut
concluante. Une
réplique grandeur nature de Little
Boy,
la bombe de
plus de 4 tonnes, qui
fut larguée le
6 août suivant sur
Hiroshima,
et une autre de Fat
Man,
la bombe un peu plus lourde (4,898 t), qui fut larguée le 9 août
par un coup du sort sur Nagasaki
(Kokura
dotée d’un important arsenal était l’objectif, mais la
couverture nuageuse lui a porté chance) sont présentées parmi
d’autres répliques de missiles nucléaires.
| Little Boy |
| Fat Man |
La
liste des « Broken
Arrows »,
nom de code pour désigner les accidents survenus avec des armes
nucléaires, est impressionnante : 32, pour l’essentiel (28)
sur le territoire américain, mais tout de même deux en mer et deux
dans des pays étrangers, l’Angleterre et l’Espagne. Cette
évocation a réveillé en moi des souvenirs d’adolescent puisque
j’avais 16 ans quand est survenu, le 17 janvier 1966, la collision
entre un B
52
et un avion ravitailleur KC
135
au-dessus de Palomares.
Compte
tenu de toutes les mesures de sûreté qui sont prises, aucun des
accidents n’a par chance provoqué d’explosion…
| Deux des bombes de Palomarès |
La présentation d’un missile Honest John m’a aussi rappelé les débats ardents qu’il y avait dans différents pays européens, lors du déploiement en Europe dans les années 1960 de nouvelles unités américaines équipées de ce missile nucléaire tactique dont la décision de mise en œuvre éventuelle échappait complètement aux dirigeants des pays concernés !
| L'Honest John |
A
l’extérieur, différents
matériels sont exposés. On peut voir notamment un
B-29 semblable à
celui qui largua la bombe sur Hiroshima.
Il fit son premier vol en septembre 1942, fut construit en 3 970
exemplaires pendant la Seconde Guerre mondiale et reprit du service
pendant la Guerre de Corée.
A côté, le B-52
sorti en janvier 1955 des chaînes de Boeing,
est surtout connu pour avoir été utilisé pour les bombardements du
Nord-Vietnam, moins pour avoir acheminé sur les bases américaines
des têtes de missiles nucléaires !
| Un B 29 |
| Un B 52 |
Nous
avons terminé la journée, comme
nous l’avions commencée, en nous rendant sur un autre site du
Petroglyph National Monument
proche de notre campement,
celui dit des cinq volcans.
L'escarpement de la West
Mesa est en fait une ancienne
coulée de lave issue d’une
fissure de
8 km de long,
visualisée aujourd’hui
par l’alignement
de cinq cônes volcaniques
qui se sont formé lors de la
phase finale de l’éruption.
La dernière éruption remonte à 130 000
ans. La lave alors produite a donné du basalte en refroidissant.
C’est sur les éboulis
basaltiques du plateau que les Pueblos ont gravés leurs nombreux
petroglyphes.
| Albuquerque depuis le scenic overlook du plan ci-dessus |
Moi aussi je me souviens de Palomares ....
RépondreSupprimerBises
Annouk
Je recommence .!!!Journée très intéressante.Les explications du
RépondreSupprimerrédacteur en chef donnent envie d approfondir les sujets .Si vous voyez un serpent photographiez le en souvenir.Bises.Elisabeth