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| Brume matinale sur le lac au réveil |
A peine une trentaine de kilomètres nous séparaient de Hot
Springs, ville thermale qui compte près de 36 000 résidents
permanents et qui est très connue aux États-Unis à la fois pour
ses thermes, ses constructions Art déco et… son passé sulfureux !
Ayant pris la route dès 8h15, nous avons atteint le centre ville
trois quarts d’heure plus tard par une petite route campagnarde
d’autant plus agréable que le beau temps était de la partie.
Nous avons arpenté Central Avenue le long de laquelle s’alignent
les huit bains historiques (Bathhouse Row) : Buckstaff, Fordyce,
Hale, Lamar, Maurice, Ozark, Quapaw et Supérieur. Chacun d’eux a
son propre caractère architectural. Tous étaient des entreprises
commerciales indépendantes et concurrentes. Buckstaff Bathhouse
fonctionne en continu depuis 1912 et est l'une des structures les
mieux conservées de Bathhouse Row. Trois sont offertes à la
location (Maurice, Ozark et Hale). Avis aux amateurs ! Fordyce
Bathhouse a été restauré en 1989 en tant que centre d'accueil du
parc et musée. Le visiteur peut circuler librement dans les anciens
locaux, voir les anciens bains, les vestiaires et les salles de soins
avec les équipements d’origine.
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| Fordyce
Bathhouse |
Un documentaire très intéressant retrace l’évolution du
thermalisme à Hot Spring. Les sources sont alimentées par de l’eau
de pluie qui a arrosée les Montagnes Ouachita, il y a… 4 400
ans ! Elle s’est infiltrée dans les entrailles de la terre et
alimente une résurgence de la nappe phréatique chauffée
géo-thermiquement qui remonte de la croûte terrestre... Les membres
de nombreuses tribus amérindiennes se rassemblaient dans la vallée
depuis des années pour profiter des propriétés curatives des
sources thermales, quand les Européens sont arrivés, le premier
étant sans doute l’Espagnol DeSoto en 1541. La région est
revendiquée par la France en 1673, qui la cède à l’Espagne en
1763, qui la récupère en 1800 avant de la vendre avec la Louisiane
en 1803. Dès décembre 1804, le Dr George Hunter et William Dunbar
firent une expédition vers les sources, trouvant une cabane en
rondins isolée et quelques abris rudimentaires utilisés par les
visiteurs des sources pour leurs propriétés curatives. En 1807, un
homme nommé Prudhomme devint le premier colon des Hot Springs
modernes. Le 24 août 1818, les Indiens Quapaw cédèrent la terre
autour des sources chaudes aux États-Unis dans un traité. En 1832,
le statut de « réserve de Hot Springs » est accordé par
le Congrès des États-Unis, qui assure ainsi la protection fédérale
des eaux thermales. Il faudra attendre 1921 pour que ce statut se mue
en Parc national. Entre-temps, une grande reconstruction des bains
publics et des hôtels a eu lieu après la guerre civile. La
population permanente atteignait 1 200 habitants en 1870 et on
comptait, trois ans plus tard, six bains publics et 24 hôtels et
pensions. Un chemin de fer à voie étroite dessert Hot Springs à
partir de 1875 au départ de Malvern et augmente ainsi la
fréquentation des bains. Samuel W. Fordyce et deux autres
entrepreneurs se lancent alors dans la construction du premier hôtel
de luxe de la région, l’hôtel Arlington, ouvert la même année.
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| Eau thermale en libre accès |
Nous avons poursuivi notre découverte des lieux en nous rendant au
fameux hôtel Arlington reconstruit en 1924 dans le style Art déco
après avoir été détruit par un incendie. dans le même style, le
Medical Arts Building lui fait face sur Central Avenue. A l’autre
extrémité de l’avenue se dresse un autre bâtiment emblématique,
très massif, le Old Army Navy Hospital, construit en 1933, dépendant
alors du « Departement of War », et maintenant géré par
le « Department of Rehabilitation » de l’État
d’Arkansas.
Mais, le démon du jeu subsista. Hot Springs devint une Mecque du
jeu national, dirigé par Owney Madden et son casino Hotel Arkansas.
Entre 1927 et 1947, on comptait pas moins de dix grands casinos et de
nombreuses petites maisons ouvertes. Parallèlement la prostitution
se développa dans les hôtels, ainsi que « la réservation
hors pistes » pour pratiquement n'importe quelle course de
chevaux en Amérique du Nord, attirant nombre de célébrités du
crime. L’hôtel Arlington fut un lieu de retraite privilégié pour
Al Capone, habitué tout comme Lucky Luciano, de l’Ohio Club, un
club de jeu que l’on peut voir encore aujourd’hui. L'application
de la loi locale était aux mains de politiciens véreux, à
commencer le maire de longue date, Leo P. McLaughlin. Un ancien
shérif, qui tenta de faire appliquer les lois anti-jeu de l'État et
de garantir des élections honnêtes, fut assassiné en 1937.
Personne ne fut jamais accusé de son meurtre. La situation changea
en 1946 avec l'élection d'un groupe d'anciens combattants de la
Seconde Guerre mondiale, dirigés par le lieutenant-colonel de marine
Sid McMath, élu procureur. Même si McLaughlin et ses comparses s’en
sortirent, un coup d’arrêt fut donné. Il fallut encore attendre
1967 pour que le jeu soit définitivement fermé par deux
administrateurs républicains, le gouverneur Winthrop Rockefeller et
le juge Henry M. Britt. Rockefeller n’y est pas allé paer quatre
chemins. Il a envoyé la troupe pour fermer les casinos et brûler
leurs équipements de jeu.
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| Ohio Club à gauche sur la photo |
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| Al Capone toujours présent ! |
Nous avons repris le route peu avant 11heures, rattrapé
l’Interstate 30 en amont d’Arkadelphia, fait une étape Subway à
Prescott, car l’heure du déjeuner avait sonné. La dernière agglomération traversée en Arkansas, Texarkana, a
la particularité d’être en fait formé de deux villes jumelles
portant le même nom, mais l’une est en Arkansas, l’autre au
Texas, la seconde étant un peu plus peuplée que la première (35
000 habitants contre 30 000!), de sorte qu’en quittant la ville
nous étions déjà entrés au Texas, le sixième État que nous sillonnons
depuis Middlebury. Nous avons retrouvé des paysages de plaine. Nous nous sommes réapprovisionnés en produits alimentaires de base à Greenville. Force a été de constater que seuls deux produits alimentaires évoquant la France étaient présents dans les rayons... La Vache qui rit (
the Laughing Cow...) et le Beaujolais-Village sont nos ambassadeurs...
Nous
avons atteint notre destination finale pour aujourd’hui, à 18h00,
un campement pratiquement désert dans le Lavonia Park, à 60 km au
nord-est de Dallas. Calme absolu garanti et pour la troisième fois
consécutive au bord d’un lac !
Découverte de petites villes ...une autre Amérique. Merci de me faire voyager chaque soir.Votre camping car a t il un surnom?Bises.Elisabeth
RépondreSupprimerInstructif periple! Merci Jean Marc
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