mercredi 21 mars 2018

Mercredi 21 Mars - Lake Ouachita State Park / Hot Springs / Prescott / Texakrana / Lavonia Park (480 km)

Brume matinale sur le lac au réveil
A peine une trentaine de kilomètres nous séparaient de Hot Springs, ville thermale qui compte près de 36 000 résidents permanents et qui est très connue aux États-Unis à la fois pour ses thermes, ses constructions Art déco et… son passé sulfureux ! Ayant pris la route dès 8h15, nous avons atteint le centre ville trois quarts d’heure plus tard par une petite route campagnarde d’autant plus agréable que le beau temps était de la partie. 

Nous avons arpenté Central Avenue le long de laquelle s’alignent les huit bains historiques (Bathhouse Row) : Buckstaff, Fordyce, Hale, Lamar, Maurice, Ozark, Quapaw et Supérieur. Chacun d’eux a son propre caractère architectural. Tous étaient des entreprises commerciales indépendantes et concurrentes. Buckstaff Bathhouse fonctionne en continu depuis 1912 et est l'une des structures les mieux conservées de Bathhouse Row. Trois sont offertes à la location (Maurice, Ozark et Hale). Avis aux amateurs ! Fordyce Bathhouse a été restauré en 1989 en tant que centre d'accueil du parc et musée. Le visiteur peut circuler librement dans les anciens locaux, voir les anciens bains, les vestiaires et les salles de soins avec les équipements d’origine.



Fordyce Bathhouse
















Un documentaire très intéressant retrace l’évolution du thermalisme à Hot Spring. Les sources sont alimentées par de l’eau de pluie qui a arrosée les Montagnes Ouachita, il y a… 4 400 ans ! Elle s’est infiltrée dans les entrailles de la terre et alimente une résurgence de la nappe phréatique chauffée géo-thermiquement qui remonte de la croûte terrestre... Les membres de nombreuses tribus amérindiennes se rassemblaient dans la vallée depuis des années pour profiter des propriétés curatives des sources thermales, quand les Européens sont arrivés, le premier étant sans doute l’Espagnol DeSoto en 1541. La région est revendiquée par la France en 1673, qui la cède à l’Espagne en 1763, qui la récupère en 1800 avant de la vendre avec la Louisiane en 1803. Dès décembre 1804, le Dr George Hunter et William Dunbar firent une expédition vers les sources, trouvant une cabane en rondins isolée et quelques abris rudimentaires utilisés par les visiteurs des sources pour leurs propriétés curatives. En 1807, un homme nommé Prudhomme devint le premier colon des Hot Springs modernes. Le 24 août 1818, les Indiens Quapaw cédèrent la terre autour des sources chaudes aux États-Unis dans un traité. En 1832, le statut de « réserve de Hot Springs » est accordé par le Congrès des États-Unis, qui assure ainsi la protection fédérale des eaux thermales. Il faudra attendre 1921 pour que ce statut se mue en Parc national. Entre-temps, une grande reconstruction des bains publics et des hôtels a eu lieu après la guerre civile. La population permanente atteignait 1 200 habitants en 1870 et on comptait, trois ans plus tard, six bains publics et 24 hôtels et pensions. Un chemin de fer à voie étroite dessert Hot Springs à partir de 1875 au départ de Malvern et augmente ainsi la fréquentation des bains. Samuel W. Fordyce et deux autres entrepreneurs se lancent alors dans la construction du premier hôtel de luxe de la région, l’hôtel Arlington, ouvert la même année.

Eau thermale en libre accès
Nous avons poursuivi notre découverte des lieux en nous rendant au fameux hôtel Arlington reconstruit en 1924 dans le style Art déco après avoir été détruit par un incendie. dans le même style, le Medical Arts Building lui fait face sur Central Avenue. A l’autre extrémité de l’avenue se dresse un autre bâtiment emblématique, très massif, le Old Army Navy Hospital, construit en 1933, dépendant alors du « Departement of War », et maintenant géré par le « Department of Rehabilitation » de l’État d’Arkansas.

Le premier hôtel Arlington détruit par un incendie
L'hôtel reconstruit en 1924


Le Medical Arts Building
Old Army & Navy Hospital
Mais Hot Springs est aussi connu comme repère de malfrats. Le jeu illégal s’y est établi pendant des décennies après la guerre civile, opposant deux clans, les Flynns et les Dorans qui se sont combattus sans pitié dans les années 1880 pour le contrôle de la ville. Sans scrupule, Frank Flynn n’a pas hésité à payer les agents de police locaux et le bureau du shérif du comté de Garland pour recouvrer les dettes de jeux impayés et intimider ses rivaux. Une fusillade restée célèbre eut lieu le 16 mars 1899 opposant ripoux et policiers loyaux.

Mais, le démon du jeu subsista. Hot Springs devint une Mecque du jeu national, dirigé par Owney Madden et son casino Hotel Arkansas. Entre 1927 et 1947, on comptait pas moins de dix grands casinos et de nombreuses petites maisons ouvertes. Parallèlement la prostitution se développa dans les hôtels, ainsi que « la réservation hors pistes » pour pratiquement n'importe quelle course de chevaux en Amérique du Nord, attirant nombre de célébrités du crime. L’hôtel Arlington fut un lieu de retraite privilégié pour Al Capone, habitué tout comme Lucky Luciano, de l’Ohio Club, un club de jeu que l’on peut voir encore aujourd’hui. L'application de la loi locale était aux mains de politiciens véreux, à commencer le maire de longue date, Leo P. McLaughlin. Un ancien shérif, qui tenta de faire appliquer les lois anti-jeu de l'État et de garantir des élections honnêtes, fut assassiné en 1937. Personne ne fut jamais accusé de son meurtre. La situation changea en 1946 avec l'élection d'un groupe d'anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, dirigés par le lieutenant-colonel de marine Sid McMath, élu procureur. Même si McLaughlin et ses comparses s’en sortirent, un coup d’arrêt fut donné. Il fallut encore attendre 1967 pour que le jeu soit définitivement fermé par deux administrateurs républicains, le gouverneur Winthrop Rockefeller et le juge Henry M. Britt. Rockefeller n’y est pas allé paer quatre chemins. Il a envoyé la troupe pour fermer les casinos et brûler leurs équipements de jeu. 

Ohio Club à gauche sur la photo
Al Capone toujours présent !
Nous avons repris le route peu avant 11heures, rattrapé l’Interstate 30 en amont d’Arkadelphia, fait une étape Subway à Prescott, car l’heure du déjeuner avait sonné. La dernière agglomération traversée en Arkansas, Texarkana, a la particularité d’être en fait formé de deux villes jumelles portant le même nom, mais l’une est en Arkansas, l’autre au Texas, la seconde étant un peu plus peuplée que la première (35 000 habitants contre 30 000!), de sorte qu’en quittant la ville nous étions déjà entrés au Texas, le sixième État que nous sillonnons depuis Middlebury. Nous avons retrouvé des paysages de plaine. Nous nous sommes réapprovisionnés en produits alimentaires de base à Greenville. Force a été de constater que seuls deux produits alimentaires évoquant la France étaient présents dans les rayons... La Vache qui rit (the Laughing Cow...) et le Beaujolais-Village sont nos ambassadeurs...





Nous avons atteint notre destination finale pour aujourd’hui, à 18h00, un campement pratiquement désert dans le Lavonia Park, à 60 km au nord-est de Dallas. Calme absolu garanti et pour la troisième fois consécutive au bord d’un lac !





2 commentaires:

  1. Découverte de petites villes ...une autre Amérique. Merci de me faire voyager chaque soir.Votre camping car a t il un surnom?Bises.Elisabeth

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  2. Instructif periple! Merci Jean Marc

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