Nous avons repris en fin de matinée nos pérégrinations par un
temps très changeant, alternant des passages nuageux et de belles
éclaircies. Nous sommes parvenus au pied du John Hancock Center, 875
North Michigan Avenue, dans le quartier de Streeterville. Cette
grande tour noire pyramidale, familièrement appelée « Big
John » par les Chicagoans, a été inaugurée en 1969. Sa
structure métallique en croix dessinée par Bruce Graham monte dans
le ciel. Elle mesure 343,5 m de haut (hors antenne). Une batterie
d’ascenseurs propulse les visiteurs au 94ème étage en 40
secondes. Le regard plonge alors dans les entrailles des avenues
alentours et se porte dans toutes les directions. La vue est
saisissante sur l’ensemble des gratte-ciel, notamment ceux qui
bordent N. Michigan Av., ainsi que sur le lac Michigan, véritable
mer intérieure. Trouvant qu’elle était trop fugace, nous avons
renoncé à l’attraction (le Tilt), qui consiste depuis 2014 à se
plaquer contre une paroi vitrée qui s’incline brièvement à 45°
au-dessus du vide....
Situé un peu plus loin, 845 North Michigan Avenue, le long du
Magnificent Mile, le Water Tower Palace se compose d’un centre
commercial et d’un gratte-ciel de 74 étages. Un espace de
restauration attire aussi bien les employés de bureau du secteur que
les touristes. Nous avons pu déguster notre première pizza Chicago
style, une spécialité locale qui n’a qu’un lointain rapport
avec la pizza napolitaine. Le bâtiment doit son nom à la Water
Tower, tour-symbole du Magnificent Mile, un des rares bâtiments qui,
comme la Pumping Station qui lui fait face, a survécu au Grand Feu
de 1871, qui a réduit en cendre plusieurs quartiers de Chicago.
Blanche et bizarrement structurée, elle a été décrite par Oscar
Wilde comme « une monstruosité avec des poivrières accrochées
autour » . Les poivrières font référence aux quatre côtés de la
tour qui ressemble plus à un mini-château européen du XIIIème
siècle qu’à un château d’eau. Elle accueille aujourd’hui des
expositions de photos.
Après le déjeuner, nous avons emprunté, en direction de la
Chicago River, North Michigan Avenue, l'une des rues les plus connues
et les plus touristiques de Chicago, la principale rue commerçante
des quartiers de New Eastside et Streeterville, jalonnée de
boutiques de luxe.
Nous avons été intrigués par l’architecture et la décoration
extérieure de l’InterContinental Chicago, 505 Michigan Av. Il
comporte des styles architecturaux de différentes époques. Des
bas-reliefs sur les façades ouest, nord et sud au niveau du huitième
étage, sont une reprise d’un ancien style assyrien. Le dôme de
couleur or au sommet est d’influence nord-africaine. Nous avons
appris, en entrant dans le bâtiment, poussés par la curiosité,
qu’il servait à l’amarrage des ballons dirigeables de style
Zeppelin jusqu’en 1937, date à laquelle le dirigeable Hindenburg
explosa avec ses trente-cinq occupants, mettant fin au transport de
passagers à bord de ces engins remplis de gaz inflammable. En fait, le bâtiment avait une histoire très riche. Il est né
en 1929 sous le nom de Medinah Athletic Club, un club réservé aux
hommes appartenant à la franc-maçonnerie. C’est le premier
bâtiment Art déco à avoir été construit sur la Michigan Avenue
lors du développement de la ville vers le nord, et il a
immédiatement été critiqué pour l’extravagance de ses
aménagements et de sa décoration intérieurs. C’est un vrai
dédale de couloirs interminables aux murs peints ou couverts de
tableaux, d’escaliers majestueux décorés de fontaines, de vastes
salles de bal ou de réception toutes nommées d’après des
chevaliers ou des rois, et de recoins insoupçonnés. Nous avons
manqué la piscine quasi olympique située au dixième étage, avec
sa fontaine de Neptune et ses carreaux bleu d’Espagne.
Malheureusement, la grande crise eut raison du Medinah Athletic Club.
La Tribune Tower, 435 N Michigan Ave., un des bâtiments préférés
des Chicagoans, est le quartier général du Chicago Tribune, journal
fondé en 1847. Élevée en 1925, elle est l’œuvre de deux
architectes de New York, John Mead Howells et Raymond M. Hood. De
style gothique, le gratte-ciel fait face au Wrigley Building. Dans
les flancs du bâtiment sont incrustés des morceaux de roche et de
pierre venant de tous les continents. J’ai relevé - mais la liste
est loin d’être exhaustive -, des lieux de bataille, comme Pearl
Harbour, Guam, Omaha Beach ou le pont de Remagen, des sites mythiques
comme la Grande Muraille de Chine, la Cité interdite de Pékin, la
pyramide de Khéops, le Colisée de Rome, le temple de Pétra, la
basilique Saint-Pierre à Rome, la basilique Sainte-Sophie à
Istanbul, le palais d’or d’Osaka, la Chambre des Communes à
Londres, la Chancellerie du IIIème Reich et le Mur de Berlin, pour
ce qui est de la France, la cathédrale de Reims, la mairie de
Saint-Lo, l’Arc de Triomphe, Notre-Dame de Paris, le palais du
Luxembourg, le tout complété par un bout de roche lunaire...
Arrivés au bord de la Chicago River, nous avons dû modifier
notre programme qui prévoyait une sortie en bateau, car le froid
redoublait d’intensité et la neige s’invitait. Nous avons
repoussé le projet à demain. Nous avons poursuivi encore un peu le
long de Michigan Ave. La London House, 360 North Michigan Av., a été
construite en 1922, à l’emplacement du mythique fort Dearborn
(1803-1812), autour duquel un bourg peuplé d’artisans et de
commerçants se développa peu à peu, noyau de ce qui allait être
Chicago. Abandonné en 1812, incendié, reconstruit en 1816, il ne
résista pas aux incendies dont la cité fut victime. Il fut détruit
en 1858.
Le Carbide and Carbon Building (230 North Michigan Av.) construit
en 1929 par les frères Burnham dans le style Art déco, ressemble à
une bouteille de champagne. La tour est coiffée d’un ancien phare
qui n’a pas été allumé depuis des années. La surface vert
bouteille a été sertie d’or, non pas juste une fine couche d’or,
mais de l’or pur vingt-quatre carats. Au-dessus de l’entrée, les
ornements sont en bronze massif et, à l’intérieur, les marbres
noirs couvrent les murs du lobby. Le bâtiment accueille depuis 2004,
le Hard Rock Hotel.
Les Chicagoans préparent activement la Saint-Patrick célébrée
de 17 mars. Nous avons vu, tout au long de notre déambulation, des
boutiques qui proposent tout un assortiment de vêtements de couleur
verte. Nous manquerons cet événement haut en couleurs. La ville est
en fête. Une grande parade a lieu, des animations sont organisées.
La bière coule à flot. La rivière vire au vert elle aussi. Depuis
1962, vers 9 heures du matin, les responsables de la « Pipegitters
Union » (en gros l’Union des Tuyauteurs et Plombiers de
Chicago) déversent de grandes quantités de fluorescéine, une
substance de couleur jaune orangée qui émet une lumière
fluorescente verte lorsqu’elle entre en contact avec les
ultraviolets. Déclaré toxique pour le corps humain, il semblerait
toutefois que ce colorant soit inoffensif pour l’environnement…
Depuis notre arrivée à Chicago, nous nous félicitons d’avoir
emporté doudoune, polaire et bonnet de laine, même s’ils ne
servent qu’au début du voyage ! Nous avons dîné au Grand
Lux Cafe, 600 N Michigan Avenue, que nous avions repéré en début
d’après-midi, en passant devant. Le cadre peut paraître un peu
kitsch. La décoration intérieure est un mélange de styles où
prédominent l’inspiration art déco et une influence
« klimt-ienne ». Les lustres sont étonnants. Les plats
servis dans de grandes assiettes sont particulièrement copieux. Trop
même !
Ah ! L’art déco....
RépondreSupprimerAnnouk
Vos photos sont magnifiques.Cela donne vraiment envie d aller découvrir cette ville...pas trop bruyante cette cité? Bises.Elisabeth
RépondreSupprimer