Le soleil était de retour ce matin, et avec lui quelques degrés
de plus, ce qui n’était pas désagréable, lorsque nous avons mis
le nez dehors pour une journée placée pour l’essentiel sous le
signe de l’architecture. Après quarante-huit heures dans un
environnement de gratte-ciel et de trafic automobile, le dépaysement
a été total en allant en train à Oak Park, une petite cité
paisible, qui n’est qu’à quinze kilomètres à l’ouest de
Chicago. Ernest Hemingway y naquit en 1899. Ici, pas d’immeubles,
mais des constructions basses et beaucoup de résidences de rêve
bien entretenues ! Les rues sont bordées de grands arbres. La
ville compte de vastes espaces verts. Les passants n’ont pas l’air
stressé (à Chicago non plus d’ailleurs, ce qui est plus étonnant
!).
C’est ici que le célèbre architecte et concepteur Frank Lloyd
Wright (1867-1959) fit construire son Home and Studio Complex,
véritable laboratoire architectural où il vécut de l’âge de 22
ans à celui de 40 ans. Sur les quelque dix-huit années passées
ici, avec sa femme Catherine (dont il divorcera) et leurs six
enfants, il dessina cent vingt maisons et en fit construire
vingt-cinq pour ses clients d’Oak Park, « dans un style
radicalement différent des maisons victoriennes de l’époque,
adoptant une horizontalité dans les lignes et une grande fluidité
dans les formes et les espaces intérieurs. Marcher dans les rues est
une véritable leçon d’architecture, grandeur nature ».
Nous avons commencé par une visite guidée de la maison et du
cabinet d’architecte de Frank Lloyd Wright, 951 Chicago Avenue.
Nous sommes passés de pièce en pièce, toutes bien restaurées car,
depuis le départ des lieux de la famille Wright, différents
propriétaires avaient modifié l’agencement et la décoration de
la maison. Nous avons appris que « Cinq influences ont dominé
la carrière de Frank Lloyd Wright : la nature – il est né dans
une bourgade du Wisconsin et a toujours été très proche de la
nature –, Louis Sullivan – son premier patron, qui l’engage à
26 ans –, le Japon – dont il appréciait la grâce et la pureté,
les formes géométriques utilisées dans sa recherche de l’harmonie
–, et enfin la musique – qu’il considérait également comme
représentative d’une construction harmonieuse ». C’est à
Oak Park que fut développé le « Prairie style » :
« constructions basses, élimination des cloisons inutiles,
aires ouvertes, pivot central avec une cheminée massive maçonnée —
surmontée d’un manteau large et bas, et autour de laquelle
s'organise la vie de famille —, forte horizontalité (à l'image
des vastes étendues des prairies), larges toitures basses qui se
prolongent au-delà des murs, bandeaux de fenêtres, souvent
agrémentées de vitraux. Le style, exemplifié à son meilleur par
Wright, introduit notamment le principe d'aire ouverte, abondamment
éclairée par des rangées de fenêtres, lien entre l'intérieur et
l'environnement extérieur qui témoigne de l'influence de
l'architecture japonaise sur Wright ». La maison illustre bien
une toute nouvelle approche de l’architecture domestique inspirée
des vastes paysages du Midwest des États-Unis. Tout doit concourir à
l’épanouissement des membres de la famille et au confort
collectif. Le symbole de cette évolution est le rôle et la place
centrale de la cheminée. Le mobilier et l'éclairage électrique
sont intégrés au bâtiment.
Après la visite, nous avons emprunté un circuit conseillé qui
permet d’admirer nombre de réalisations de Wright dans Oak Park.
Nous avons terminé par le fameux Unity Temple, la première commande
publique confiée à Wright, réalisé entre 1905 et 1908. Celui-ci
l’a lui-même décrit « comme étant un tournant dans
l’architecture contemporaine. L’architecte s’intéresse à
l’espace intérieur, qui est selon lui l’essence même d’un
bâtiment. Ainsi, l’aspect extérieur du temple, plutôt sobre et
épuré, contraste avec la beauté magique de l’intérieur
[restauré en 2015/2016] ». On distingue de part et d’autre
du hall d’accueil la maison de l’unité, espace à vocation
sociale, décloisonné, et le lieu de culte à proprement dit, plus
difficile d’accès comme l’est le passage du profane au sacré.
On n’en sort pas par le fond de l’édifice, mais par des portes
de chaque côté de la tribune des officiants. Des puits de lumière
sont ménagés dans le béton.
De retour au centre ville vers midi et demi, nous avons déjeuné
rapidement d'un sandwich bien consistant dans un Subway, avant de reprendre nos déambulations qui nous ont fait passer par l'atrium du Rookery Building, 209 South LASalle Street, réaménagé en 1905 par Frank Lloyd Wright.
Nous
espérions, en retournant à l’InterContinental, pouvoir voir la
piscine, mais il faut visiblement un sésame que nous n’avions pas
pour accéder au 10ème étage. Nous avons terminé l’après-midi
par un tour en bateau, de 16h00 à 17h15, sur la Chicago River avec
la compagnie Shoreline Sightseeing, pour observer l’architecture
des quartiers environnants sous un autre angle que celui d’un
trottoir. Nous sommes ainsi passés entre la London House et les
Marinas Towers, et devant l’énorme bâtiment de Merchandise Mart,
qui lors de son inauguration en 1930 était le plus grand du monde
avec ses 372 000 m2 de planchers. Il a eu pendant longtemps son propre code postal ! De construction massive,
faisant office de monument à la gloire du mercantilisme du début du
XXème siècle, le bâtiment Art déco est situé au confluent des
deux bras de la rivière Chicago. Il est resté un haut lieu de la
vente au détail et en gros, accueillant près de 20 000
visiteurs et employés par jour.
Nous avons dépassé la Willis Tower, la plus haute tour de
Chicago (Achevée en 1973 et œuvre de l'architecte Bruce Graham, la
tour a été avec ses 442 mètres et ses 108 étages, le plus haut
immeuble du monde pendant 25 ans, et des États-Unis pendant 40 ans,
avant d'être dépassé en 2013 par le One World Trade Center à New
York).
Nous avons terminé notre promenade en nous approchant de Navy
Pier, une jetée de plus d'un kilomètre de long sur les rives du lac
Michigan. Construite entre 1914 et 1916, elle était destinée à
accueillir les navires des Grands Lacs et les marchandises qu'ils
convoyaient grâce aux grands entrepôts construits sur toute sa
longueur. Elle accueillait également les passagers des navires qui
proposaient des excursions sur le lac. La jetée Navy est aujourd'hui
un parc d’attractions de la ville, fréquenté chaque année par
plus de huit millions de visiteurs.
Après une pause d’une bonne heure et demie à l’hôtel pour
nous reposer et nous réchauffer, nous sommes ressortis dîner dans
un restaurant mexicain à la mode, la Cantina Laredo, 508 N. State
Street. On y prépare le guacamole devant le client et la cuisine est
de qualité.
Frank Lloyd Wright me faisait rêver quand j’étais plus jeune
RépondreSupprimerBelles photos (entre autres) avec les citernes sur les toits ! So typical !!!!
Bises
Annouk
Que de belles découvertes architecturales....J attends avec impatience la suite du voyage!Bises.Elisabeth
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