Notre camping-car a été amplement baptisé cette nuit. La pluie
avait heureusement cessé au réveil. A une trentaine de kilomètres
du campement, nous avons traversé la rivière Ohio, à hauteur de
Louisville, et, ce faisant, sommes entrés dans un troisième État,
le Kentucky, et regagné l’heure « perdue » dans
l’Indiana par rapport à Chicago. Faisant initialement partie de la
Virginie, le Kentucky devint en 1792 le 15ème État à rejoindre
l'Union. Il est le 37ème État par sa superficie (100 000 km²)
et le 26ème par sa population (un peu plus de 4 millions
d’habitants) parmi les 50 États américains. Il est connu comme le
« Bluegrass State » (État de l'herbe bleue), un surnom
dû à l’herbe que l'on trouve dans de nombreux pâturages de son
sol fertile. Sa capitale s’appelle… Francfort ! Le Kentucky
s’enorgueillit d’être l’État où naquit Abraham Lincoln en
1809. C’est aussi l’État de la fameuse enseigne KFC (Kentucky
Fried Chicken), et plus récemment, l’État où se passe l’intrigue
du film « Trois panneaux - Three Billboards ».
Louisville, la plus grande ville du Kentucky (600 000 habitants),
doit son nom à... Louis XVI. Elle ne présentait pas énormément
d’intérêt à nos yeux. Nous avons poursuivi notre route et
traversé des paysages plus vallonnés et boisés. Les prairies sont
déjà vertes alors que, jusqu’à présent, nous n’avions vu que
des étendues d’herbes brûlées par la neige.
| Traversée de la rivière Ohio, frontière entre l'Indiana et le Kentucky |
| Arrivée sur Nashville |
Les trottoirs de Broadway, l’axe principal de la ville (rien à voir néanmoins avec le Broadway new-yorkais !), et ceux des rues adjacentes étaient envahis par une foule joyeuse et bon enfant où dominait la couleur verte des tee-shirts, des colliers et des petits chapeaux fantaisie à l’honneur pour fêter la Saint-Patrick. Dans presque tous les cafés se produisaient des orchestres de music country, dont Nashville est la capitale incontestée. Leurs salles en rez-de-chaussée et leurs terrasses pour la plupart juchées sur les toits, étaient bondées. La bière coulait à flots. L’avenue avait l’allure d’un vaste pub irlandais ! L’ambiance tenait à la fois de la Nouvelle-Orléans et de l’Oktoberfest munichoise ! Et ce n’était que l’après-midi. On peut imaginer celle qui doit régner ce soir, d’autant que la Saint-Patrick cette année non seulement tombait un samedi, mais coïncidait aussi à un grand match de basket-ball…
Nashville fait aujourd’hui partie des villes mythiques pour nombre de musiciens dans le monde. Son industrie musicale est principalement orientée vers la country et le bluegrass. L’histoire a commencé au milieu des années 1920, avec le succès de l’émission radiophonique WSM Barn Dance, qui deviendra The Grand Ole Opry, puis en 1942 avec la création de Acuff-Rose Music, la première grande société d’édition de musique country à Nashville. Avec la présence de 190 studios d’enregistrement et de 130 éditeurs musicaux, c’est le plus grand centre de l’industrie du disque aux États-Unis. Elle a beaucoup investi dans ce secteur économique et artistique comme en témoigne l’ouverture en 1967 du Country Music Hall of Fame & Museum, temple de la musique country, agrandi depuis lors. Ce gigantesque musée à l’architecture imposante retrace l’histoire de ce courant musical, de ses origines à ses célébrités actuelles. Les plus grandes stars du genre ont légué costumes de scène et instruments de musique à la fondation qui, tous les ans, fait entrer au panthéon de la country de nouveaux musiciens. Une série d’événements musicaux de renommée mondiale, ponctue l’année. Depuis lors ont été créés le Schermerhorn Symphony Center en 2006, le Johnny Cash Museum, l’imposant centre de convention Music City Center et l’Omni Hotel, en liaison directe avec le Country Music Hall of Fame. La ville vit largement grâce à la musique country et pour elle.
| Country Music Hall of Fame and Museum |
Mais, aussi surprenant que cela soit, la musique n’est pas le principal secteur économique de Nashville. C’est la santé. L’agglomération est le siège de plus de 250 entreprises de santé, dont l’Hospital Corporation of America, le plus grand opérateur privé d’hôpitaux dans le monde. Cette industrie rapporte 70 milliards $ par an et offre 210 000 emplois à la région. Le secteur de l’enseignement est également très présent dans la vie économique de la ville qui compte plusieurs grandes universités, comme l’université d’État du Tennessee, l’université Fisk, l’université de Belmont, l’université Lipscomb et la prestigieuse université Vanderbilt.
Après un bain de foule sur Broadway, nous avons exploré des
quartiers plus calmes. Nous avons vu celui des institutions, où se
dresse l’immeuble du Gouvernorat dominé d’ailleurs par le
Capitole. J’ai eu la surprise de tomber dans le parc qui sépare
les deux édifices sur une statue dédiée à Alvin C. York. Elle
rend hommage au héros qui, à la tête de ses hommes, mit hors
d’état de nuire 35 mitrailleuses, tua 25 ennemis et fit
prisonniers 132 autres le 8 octobre 1918, en Argonne, au nord de La
Chalade. Un peu en contrebas du Capitole s’étend une esplanade
plantée de cerisiers en fleurs sur laquelle donne un imposant
mémorial dédié à tous les morts originaires du Tennessee au cours
de toutes les guerres.
| Alvin C. York |
Au bord de la Cumberland River, a été reconstitué à une échelle un peu plus petite que l’original, le Fort Nashborough, premier bastion de ce qui allait devenir Nashville, construit en 1780 par un groupe de colons dirigés par John Donelson et James Robertson. Le fort doit son nom à Francis Nash (1742-1777), un héros de la guerre d’Indépendance américaine. Bâti sur des terres indiennes, le fort dut faire face à de nombreuses attaques. The Battle of the Bluffs, menée contre les Cherokees le 2 avril 1780 fut la principale des batailles connues ici.
Nous avons passé un moment au Musée du Tennessee. Il contribue à faire prendre conscience de l’extrème vitesse de l’histoire américaine qui a fait passer en un siècle un endroit jalonné de cabanes frustres à une ville constituée de maisons aux intérieurs raffinés, et en trois siècles d’une implantation d’une soixantaine de colons à une agglomération de plusieurs millions d’habitants. Le musée réserve une place particulière à la Guerre civile (1861-1865) car la ligne de fracture entre partisans des Confédérés et Unionistes a coupé le Tennessee en deux. Il fut, contre une bonne partie de sa population, le dernier État, le 24 juin 1861, à se proclamer sécessionniste. La bataille de Nashville qui se déroula les 15 et 16 décembre 1864 et vit la défaite des partisans des Confédérés, marque un tournant dans la guerre.
| Statuette des indiens de la période Tenessienne (1000 - 1500) |
Avant de reprendre la route, nous avons fait un détour pour voir, à 1,7 mile à l’ouest de Broadway, une réplique pour le moins insolite du Parthénon d’Athènes, construite en 1897 pour l’Exposition du Centenaire du Tennessee. Rénovée à plusieurs reprises, elle est aujourd’hui la pièce maîtresse du Centennial Park, dans le quartier de West End. Elle conserve une statue d’Athéna de 12 mètres de haut et de nombreuses peintures. Bâtiment historique et musée d’art, elle est utilisée en été comme toile de fond pour des productions théâtrales.
Nous avons atteint, en début de soirée, le Montgomery Bell State Park, à une bonne cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Nashville pour y passer la nuit. Son cadre de verdure fait recette. Les caravanes et camping-cars ont investi le campground à la faveur de ce beau week-end.
L atlas est à nouveau sorti..Je redecouvre la géographie et l histoire des USA..avec des professeurs comme vous deux c est facile.Bises.Elisabeth
RépondreSupprimerSuper intéressant, comme toujours!
RépondreSupprimerIl manque juste une photo de l’intérieur du camping car pour avoir une idée plus complète de votre environnement
Annouk
Bonjour Olivier et Christian,
RépondreSupprimerMerci de nous faire partager.
St Patrick ���� ... le bonheur !
Amitiés, Laurent.
.... und dabei wollte York gar nicht in den Krieg ziehen. Aus religiöser Überzeugung.
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