Le
ciel bleu était de retour, lorsque nous avons quitté Santa Fé à
destination du Santuario de Chimayo situé à 40 km plus au nord. Le
sanctuaire reçoit 300 000 visiteurs par an et, parmi eux plus de 30
000 viennent à pied en pèlerinage le Vendredi Saint, parfois de
très loin, notamment d’Albuquerque (140 km) Quand on découvre les
abords du sanctuaire et surtout l’édifice lui-même, on n’imagine
pas qu’une telle foule puisse s’y retrouver pour réaliser un
vœu, prier et surtout rapporter un peu de terre prélevée dans une
petite pièce attenante au chœur, qui est sensée être sacrée et
contribuer à la guérison des malades, comme en témoignent des
attelles, béquilles et cannes abandonnées sur place. L’Église
toutefois s’est bien gardée de se prononcer sur les miracles qui
auraient eu lieu là. Avec malice, le prêtre placée à l’entrée
devant un écran de vidéo-surveillance nous a répondu que Chimayo
n’était pas le Lourdes américain, mais que Lourdes était le
Chimayo français !
Au
début du XIXème
siècle, dix-neuf familles vivaient dans ce qui s'appelait alors El
Potrero de Chimayó (Pâturage de Chimayo). La terre où se trouve aujourd'hui le sanctuaire appartenait à
Don Bernardo Abeyta, membre d’une communauté religieuse. Après
avoir construit vers 1810 une petite chapelle dédié au Christ
d'Esquipulas (une sculpture de Jésus-Christ en croix de la basilique
d'Esquipulas au Guatemala, qui fait l'objet de la dévotion et la
vénération de millions de catholiques d'Amérique centrale), il
obtînt le droit de bâtir un édifice plus grand ouvert au culte en
1816. Un
porche donne accès à une cour intérieure arborée,
entourée
d’un mur épais en adobe, au
milieu de laquelle se dresse une simple croix. Le sanctuaire lui-même
est un
édifice
en adobe construit
dans le style
colonial espagnol, de
petite dimension (18 m de long, sur 7,3 de large), surmonté
de
deux clochers coiffés de chapeaux pointus ajoutés après 1917. Ses
murs ont environ 1
m d'épaisseur. La porte principale ne donne par directement accès à
la nef, mais à un narthex flanqué de deux petites pièces
latérales.
La nef a
plutôt la taille de celle d’une grande chapelle.
Elle est ornée d’un crucifix représentant le Christ d'Esquipulas
et de cinq retables et une petite sculpture de Saint Jacques. La
petite pièce qui contient la fosse ronde où on puise la terre
miraculeuse, est appelée el pocito (le puits). Elle se prolonge par
une pièce parallèle à la nef dont les murs sont tapissés
d’ex-voto. On en retrouve ailleurs sur le site dans
des niches aménagées sous le sanctuaire et dans le parc attenant. Non
loin du sanctuaire lui-même, ont été bâtis deux autres édifices
religieux dédiés aux enfants. C’est très émouvant de voir des
milliers d’ex-voto avec des figures de bébé ou d’enfants en
bas-âge et des murs couverts de paires de chaussons d’enfants.
Poursuivant
notre route, nous avons traversé le hameau agricole de Truchas qui a
connu son heure de gloire quand Robert Redford y tourna en 1987 le
film Milagro, et atteint ensuite Las Trempas. Situé à une bonne soixantaine
de kilomètres de Santa Fé, le bourg a été fondé en 1751 par
douze familles hispano-américaines de Santa Fe sous la conduite d’un
certain Juan de Arguello mandaté par le Gouverneur Tomas Vélez
Cachupin. L’arrêt se justifie pour voir la très belle église
José de Gracia, en adobe de style colonial espagnol, érigée entre
1760 et 1776. Périodiquement les paroissiens en restaurent les murs
épais de six pieds (1,828 m). Elle est considérée comme une des
églises les mieux préservées dans ce style.
Insensiblement,
nous sommes passés de paysages montagneux semi-arides à une vaste
zone forestière (6070 km² !), la Carson National Forest, plantée
de conifères, des pins ponderosa pour l’essentiel. A
une trentaine de kilomètres avant Taos, nous avons fait un crochet
par un village, Picuris
Pueblo. Quand
les Espagnols y arrivèrent en 1591, ils le décrivirent comme un
pueblo formé de bâtiments atteignant neuf niveaux. Son église
San Lorenzo,
construite elle aussi en adobe, date de 1776, la première ayant été
détruite lors de la révolte de 1680. Le terme Picuris signifie en
langue Tiwa, « ceux qui peignent ». Autrefois un des plus
grands pueblos du Nouveau-Mexique, Picuris en est aujourd’hui un
des plus petits.
| Habitant se rendant en tenue traditionnelle à un d'enterrement |
Nous avons enchaîné, une fois arrivés à la périphérie de Taos, par la visite d’une autre église en adobe, dédiée à San Francisco de Asis, beaucoup plus célèbre, puisqu’elle passe même pour être la plus photographiée du Nouveau Mexique. Sa façade et ses deux clochers se dressent fièrement. Le portail blanc et les croix blanches qui se dressent au dessus des clochers éclatent sous le soleil. Mais quand on aborde l’église d’un autre côté, elle pourrait passer pour une forteresse avec ses lourds contreforts. Construite entre 1710 et 1755 avec un étage, elle n’a aucune fenêtre et son portail est invisible de la route.
13h00
ayant sonné, nous avons fait une pause déjeuner dans un restaurant
situé sur le grand axe routier qui mène au centre de la ville,
Antonio’s restaurant, dont la carte était plutôt bien cotée,
mais le service n’a pas été au top et surtout nous n’avons
guère apprécié que la facture nous soit présentée majorée d’office du
taux maximum prévu pour le service (alors qu’il est normalement
laissé à l’appréciation du client aux États-Unis) et que nous
soyons en plus invités à laisser un pourboire. Le commentaire mis
ce soir sur Trip Advisor par Olivier rejoint d’ailleurs d’autres
commentaires allant dans le même sens.
A
quelques kilomètres du centre de Taos, l’Hacienda de Los Martinez
nous a donné un aperçu de la vie d’une grande ferme à la
Frontière au début du XIXème siècle. Venant d’Abiquiu,
don Severino Martinez sa femme Maria del Carmel Santistevan Martinez
décidèrent de s’implanter sur la rive ouest du Rio Pueblo de
Taos. Ils bâtirent en 1804 cette ferme qui a l’allure d’une
édifice fortifiée. Les murs massifs en adobe sont dépourvus de
fenêtres pour se protéger des attaques indiennes, il n’y a que
deux accès (zaguan) et les vingt-et-une pièces sont tournées vers
l’intérieur et donnent sur une des deux cours reliées par un
passage étroit. Ils y élevèrent leurs six enfants. A la mort de
Severino en 1827, la ferme fut reprise par son plus jeune fils,
tandis que l’aîné, veuf prématurément, se voua à la prêtrise
et devînt un padre célèbre au Nouveau-Mexique.
Nous
| Détail d'un mur en adobe vieux de deux siècles. |
Au final, l’hacienda fut bien plus qu’une ferme, comme le montre la vocation des différentes pièces. indépendamment de la salle de séjour servant aussi de chambre à coucher pour les enfants et la chambre parentale, il y avait une grande cuisine où l’on préparait les repas pour la famille, les serviteurs, voire les gens de passage, un grenier à grains jouxtant une pièce dédiée au commerce des produits de l’hacienda, une salle de fête, le maître de maison étant devenu alcade (maire) de la localité, une salle de tissage avec des métiers, une forge, une pièce dédiée aux trappeurs et différents locaux pour les serviteurs… Les pièces éclairées bien sûr à la bougie étaient meublées de façon spartiate.
Une
des pièces est aujourd’hui transformée en musée avec quelques
belles statuettes religieuses de la fin du XIXème siècle
et des chariots de la Mort (Death Carts), dont les origines remontent
sans doute à une secte catholique de pénitents. Une représentation
de la Mort assise dans ces chariots était tirée dans les rues
pendant la Semaine Sainte pour rappeler aux croyants leur qualité de
simples mortels.
Avant
de visiter vraiment Taos, nous avons fait un crochet pour voir à 13
km, sur la Route 64, l’étonnant pont métallique à trois travées
qui surplombe de 200 m le Rio Grande (baptisé Rio Bravo du temps des
Espagnols). Spectacle époustouflant à déconseiller aux personnes
sujettes au vertige et à l’appel du vide et surtout aux personnes
suicidaires ! D’ailleurs, le pont est jalonné de postes
téléphoniques incitant ceux qui seraient dépressifs à appeler
pour entendre des paroles réconfortantes et dissuasives !
De
retour à Taos, nous avons eu confirmation que l’ancien pueblo,
l’une des attractions touristiques majeures de la région de Santa
Fe, était fermé au public pendant trois semaines à cause de cérèmonies. Nous nous sommes
consolés en visitant la cité coloniale organisée autour de la
traditionnelle plaza. Seule entorse à la règle, l’église ne
donne pas directement sur la place, mais on y trouve un hôtel La
Fonda, clin d’œil à Santa Fé. L’ancien palais de Justice
conserve une série de fresques qui nous ont fait penser aux fresques
sur le bon et le mauvais gouvernement vues à Sienne.
La
ville s’est trouvée une vocation artistique quand les peintres
Ernest Blumenschein, Bert Philips Joseph Sharp s’en entichèrent,
décidèrent de s’y installer et de fonder avec quelques amis « le
groupe de Taos ». Un peu à l’imitation de la Canyon Road de
Santa Fé, des galeries se sont multipliées le long de Kit Carson
Road, la rue où vécut le célèbre aventurier et trappeur. Sa
maison est aujourd’hui transformée en musée ! Elle a pour
voisine une galerie de lithographies qui ont retenu notre attention,
Angie Coleman Studio, 140 East Kit Carson Road. Nous avons ainsi
passé un moment à bavarder avec l’artiste qui nous a parlé de sa
manière de travailler.
Dès que les galeries et les boutiques pour touristes ferment à partir de 17h00, l’activité du centre ville se ralentit nettement, surtout qu’il fait encore frais le soir. L’hiver n’est pas loin, les chasse-neige sont encore sur les parkings et les pelles à neige sur le pas de porte de certaines maisons ! Nous nous sommes installés dans un hôtel Sagebrush Inn & Suites à la sortie de la ville et ne sommes ressortis que pour aller dîner dans un restaurant réputé pour ses hamburgers (rien à voir avec McDo’).
Bonne continuation.Choisir les photos doit être sujet à bien des discussions....les photographes sont toujours aussi compétents. Bises.Elisabeth
RépondreSupprimerC’est sûr , durant ma prochaine vie je vivrai dans une maison en adobe !!!!
RépondreSupprimerBises
Annouk